9--------------------------------------------------------------------

Publié le par Juliette Mézenc

lu aujourd'hui dans "Où va le monde" (écrit en 1981) d'Edgar Morin : " Le tiers-monde est entre vie et mort. 80 % de l'humanité y mènent une vie de survie qui devient de plus en plus sous-vie en fonction des besoin et aspirations que leur apporte l'image de la civilisation moderne. Le problème n'est pas celui de la frugalité et des contraintes climatiques que subissent des sociétés encore archaïques. Le sous-développement n'est pas seulement un héritage d'arriération. C'est aussi le produit de l'implantation forcée du modèle du développement occidental hors des conditions historiques, culturelles, technologiques, qui furent celles du développement occidental, donc modèle abstrait et imposé, modèle techno-bureaucratique ne voyant que la machine industrielle et jamais l'homme, dont la compétence préalable ne peut s'adapter à l'univers techno-chronométré. En même temps , le développement du sous-développement des bidonvilles, de la désoccupation et de la déculturation de millions d'Africains, Asiatiques, Sud-Américains, est le produit direct et indirect du développement des zones industrielles avancées. Mais, dans ces zones industrielles avancées, ce développement lui-même ne produit pas que du bien-aise et du bien-être ; il produit aussi de plus en plus du mal-aise et du mal-être, non pas seulement sous forme de nuisances et de pollution, non pas seulement sous forme de contraintes techno-chrono-bureaucratiques pesant sur la vie de chacun, mais aussi sous la forme d'un appauvrissement psychique, moral, mental, dans la vie de millions d'urbains d'occident livrés à leur égoïsme individualiste, à leur crispation sur le quantifiant et le quantifiable, c'est à dire l'argent, et désormais de plus en plus possédés par les biens matériels qu'ils possèdent, de plus en plus solitaires dans l'atomisation civilisationnelle, de plus en plus malheureux et fermés dans leur chez-soi propriétaire, tout en étant de plus en plus aspirants à l'épanouissement personnel et au bonheur."

Il parle de jacques, non ? à la fin du texte...
Et, en lisant ce passage, j'avais en tête l'article de Pierre Rabhi (vous connaissez son merveilleux récit autobio "Du sahara au Cévennes" ?) paru dans Politis HS n°46 : "Le travail, considéré comme une vertu majeure, produit 30 à 40% de rebuts et d'objets sans importance, voire inutiles ou nuisibles, et ne résout pas le problème de la précarité ou de l'indigence aux plans national et mondial." 
et aussi ce passage : "Né dans une petite oasis du sud algérien (...) j'ai appris en grandissant que les Roumis (Européens), qui avaient autorité sur nous, s'étaient octroyé notre territoire. C'étaient des colonisateurs qui allaient nous apprendre à "vivre autrement" en nous civilisant (...). Désormais "vivre autrement" n'était plus une option mais une obligation; la modernité, avec son arsenal de prodige technologique, allait s'imposer : hors de cette modernité : point de salut". 

Publié dans comme en concret

Commenter cet article