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Publié le par Juliette Mézenc

Préliminaires 

 

On dirait que le brise-lames de Sète tient son journal.

 

On dirait que le brise-lames n’est pas une personne ni même un personnage mais on dirait qu’il a une voix.

 

On dirait que sa voix nous parviendrait à travers le rocher et le béton. Une voix donc assourdie, filtrée, deshystérisée.

 


On dirait que le brise-lames a une peau, une peau qui pèse son poids, vilaine et écaillée. On dirait qu’il a des yeux qui veillent, balayent la nuit. Un intérieur aussi, un peu glauque comme le sont les entrailles, suintantes et qui rendent des sons sourds. Avec des portes condamnées.

 

On dirait que dans sa peau circule de l’eau. On dirait que la mer, il l’a dans la peau.

 

On dirait que, vu son âge, il n’a pas toute sa tête et on dirait que c’est tant mieux. S’il divague. Que c’est dans sa nature.

 

C’est reposant d’écouter quelqu’un divaguer, du moment qu’on en a pris son parti.

 

On dirait que personne n’a jamais enseigné au brise-lames ce que sait tout collégien qui se respecte : à savoir la distinction entre les quatre grands genres, théâtre, poésie, roman, essai. On dirait qu’il s’en branle, en vérité.

 

On dirait que le brise-lames est inculte. On dirait que ses lectures se cantonnent à Midi-Libre, et encore les dimanches d’été quand les sétois l’abandonnent après une journée à farnienter sur le béton.

 

On dirait que le brise-lames ne ment pas même lorsqu’il invente. On dirait qu’il ne raconte pas d’histoires, lui.

 

On dirait que le brise-lames est un contemplatif… « Les nécessités de l’action tendent à limiter le champ de la vision » a dit Bergson.

 

On dirait que le brise-lames voit, entend, sait tout dans le périmètre délimité par la lueur de ses phares, la nuit.

 

On dirait que vous me suivrez les yeux ouverts.

Extrait du Journal du brise-lames.
Photo : John Skinner

Publié dans projet brise-lames

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juliette 03/04/2009 10:23

manquerait plus qu'il faille payer pour lire midi-libre, ça me ferait mal !

Stéphane Gantelet 02/04/2009 18:53

pour lire le midi libre c'est pas compliqué puisqu'il est de mise au brise-lame de laisser ce avec quoi on est venu en repartant. Des midi libre l'été il en à plusieurs par jour. En ce sens, le brise-lame lit à l'oeil !