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Publié le par Juliette Mézenc

« Les originaux sont les êtres de la Nature première, mais ils ne sont pas séparables du monde ou de la nature seconde, et y exercent leur effet : ils en révèlent le vide, l’imperfection des lois, la médiocrité des créatures particulières, le monde comme mascarade » écrit Deleuze à propos de Bartleby, l’énigmatique et célèbre héros de Melville, un copiste qui oppose un  « J’aimerais mieux pas » aussi doux qu’obstiné à son patron désarçonné. Comment ne pas penser en lisant ces lignes à un être qui sillonne les rues de Sète depuis toujours, un homme attachant, insaisissable, opaque, que chacun reconnaît à défaut de connaître ? Un fou roulant (mais aussi chantant mais aussi dansant) avec drapeau qui avait, après un accident, abandonné son vélo… mais n’en défrayait pas moins la chronique.

 Qui n’a jamais vu La Plume ? Drapeau au vent dans le prolongement de son corps, léger ? Qui n’a jamais vu La Plume parcourir la ville, de la peinture blanche aux pieds ? Qui n'a jamais vu La Plume laver ces mêmes pieds avec le rosé délaissé sur les tables des restaurants ? En jupe écossaise ?  En robe rouge et guirlande de noël au cou ? Qui n’a jamais vu La Plume faire la circulation à sa façon sur le pont de la Savonnerie ? 

"Il est culte » dit Clémence sur Facebook où des lycéens ont créé le groupe « La Plume ou les pieds pourris ». Les commentaires y pleuvent dans lesquels transparaissent l’affection et l’estime que les jeunes sétois portent à cette figure de leur ville.

Nous avons rendu récemment visite à La Plume à l’hôpital de Sète. Nous l'avons trouvé calme et un peu triste. Il nous a confié qu'il préfèrerait bien sûr retourner dans nos rues, qu'il s'ennuyait aussi. Pour les sétois qui lisent ses lignes, sachez qu'il serait ravi de recevoir des visites... Il devrait rester à l'hôpital encore trois semaines environ.

En attendant, nous sommes tristes et orphelins. Les irréductibles comme lui sont rares. Nous avons besoin de lui, lui qui ne peut être réduit, lui qui ne peut être entamé, lui dont on ne peut venir à bout . Lui qui résiste à toute assimilation, classification, compréhension. Il nous donne de l’air.

Sète est en crise car La Plume manque à Sète.

 

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Juliette 23/04/2009 08:46

brigetoun, sûre que vous avez votre La Plume en Avignon (et j'aime bien "le mur qui respire", en passant)

brigetoun 22/04/2009 19:24

me le faites aimer - un frère qui ose

Juliette Mézenc 22/04/2009 17:10

merci françois ! je transmets également les compliments à ceux qui participent avec moi au projet brise-lames et dont l'apport contribue largement à rendre ce blog plus "dense et plus beau". Quant aux titres, j'avoue que je n'étais vraiment pas consciente de l'incidence que ça peut avoir sur les visites, bon bon je vais réfléchir à tout ça... dernière chose : tu peux dire à ton fils que nous serions ravis de lui offrir une bière ou un kfé (en fonction de l'heure) sur le brise-lames si jamais nos sorties coïncidaient, je te tiens au courant dès que j'ai la date de notre prochaine virée !

F 22/04/2009 07:43

si t'aperçois des nageurs monopalme passer devant le brise-lames, y a mon fiston parmi !

F 22/04/2009 07:42

vraiment un blog de plus en plus dense et beau - vais répercuter par contre, tes titres "5......" c'est affreux dans les fils rss, et ça te prive de tout référencement sur les contenus (les tires sont affectés d'un gros coeff...)