sète entre loup et chien

Publié le par Juliette Mézenc

ce soir vernissage à la librairie l'Echappée Belle d'une expo de photos d'ernest puerta. A la demande d'ernest,  j'ai pour l'occasion écrit un texte (court) sur un livre (blanc mais plus tout à fait) qui sera à la disposition des visiteurs. J'espère qu'ils s'en empareront et noirciront les pages restantes avec les propositions 2 - 3 - 4...

 




Lectures – avec ou sans façon – des photos d’Ernest Puerta par les visiteurs de l’exposition

  

Proposition 1

 
Ce qui m’intrigue : la nudité de la ville – extrême, on lui voit le squelette – dégagée des tonnes de chair et vêtements qui plus tard la recouvrent. Une ville sans ses concepteurs-batisseurs-utilisateurs-rêveurs-consommateurs-arpenteurs. Une ville sans hommes, un peu à l’envers en somme. Premier retournement.

 
Ce qui me retient : les hommes absents, panneaux de signalisation et marquages au sol annoncent la couleur. Et ça saute aux yeux. Leur fonction : diriger les hommes, réguler le flux humain. Les signes sont partout, surplus d’humain dans la ville sans hommes. Second retournement.


 Ce qui m’étonne : l’autonomie de ces panneaux, fléchages, abribus… qui prennent valeur absolue. Troisième retournement. La ville à cette heure, dégagée des hommes et surchargée d’humain, s’émancipe. Elle nous échappe.

-          les surfaces réfléchissent librement.

-          Les montants de chaises luisent, n’attendent rien.

-          Une flèche blanche dit le bitume fatigué, et je me surprends drôlement émue devant un mélange d’hydrocarbure qui se présente à l’état solide ou liquide, et dont la couleur varie du brun au noir. C’est bien humain. D’aucuns diraient que c’est couillon.

 Retournée – quatrième – j’y retourne, juste pour voir – cinquième et dernier tour de Puerta. Bien joué.

 
Ce qui me revient, plus tard : « L'espace d'un éclair nous voyons un chien, un fiacre, une maison pour la première fois. Voilà le rôle de la poésie. Elle dévoile dans toute la force du terme. Elle montre nues, sous une lumière qui secoue la torpeur, les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens enregistraient machinalement. Mettez un lieu commun en place. Nettoyez-le, frottez-le, éclairez-le de telle sorte qu'il frappe avec sa jeunesse et avec la même fraîcheur, le même jet qu'il avait à sa source. Vous ferez œuvre de poète. » Cocteau.


Hier, j’ai vu un sens interdit. Ma réalité s’agrandit. Merci.

  

Publié dans comme en concret

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