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Publié le par Juliette Mézenc

 
Je rêve d’un texte à tuer.
 
Un discours rageur qui massacrerait les sceptiques, les pisse-froid et les peigne-culs, les bêtes à malheurs qui distillent leur fiel avec discrétion.
 
Un speech racoleur de bateleur cathodique qui séduirait en masse les foules crédules et ignares et les décapiterait lentement.
 
Un texte sombre, envoûtant, qui attirerait dans ses rets les aventureux pour mieux s’en délecter avant de les régurgiter sous la forme de boules de poils légères, chargées de fragments d’os.
 
Une poésie à rendre raides dingues les amoureux, à les clouer sur place en plein élan orgasmique. La lame du poème irait se ficher dans la terre grasse après avoir traversé leurs jeunes côtes.
 
Un roman noir qui capterait les lumières et fragrances du monde entier. Les esthètes s’y mireraient, s’englueraient sur le tortillon lumineux et y prendraient plaisir, avant de mourir.
 
Un texte à tuer. Je veux des lecteurs morts, qu’ils tombent comme des mouches à mes mots.
 
Je veux qu’ils se pâment et s’affaissent en silence dans le bourdonnement ténu de mes mots.
 
Je veux qu’ils éructent un dernier cri avant de sombrer à mes pieds, magnifiés.
 
Je veux qu’ils se brisent en fragments de couleur, mosaïque assassinée.
 
Je veux les étreindre avant qu’ils ne s’éteignent.
 
 
Extrait de Transes (1999)
Aujourd’hui, je rajoute :
Un texte à tuer les préjugés, les bêtises, les lâchetés, les noirceurs ; je les mets dans ma besace, je leur donne un corps, un nom, on appelle ça : un personnage et couic je les liquide. Pas de cadeau. Je sais : toute une vie n’y suffira pas, la purge se doit d’être renouvelée aussi souvent que nécessaire, dès l’apparition des premiers symptômes – observés ou éprouvés (poussée de mépris, éruption de peurs bénignes ou malignes, montée d’orgueil ou simple tendance à l’auto- flagellation).

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