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Publié le par Juliette Mézenc

Le monde clinquant, assourdissant, étourdissant de merveilles, monstrueux de promesses non tenues, 

le monde splendide qui se pavane et puis vous nargue, campé sur des talons vertigineusement hauts, croupe bleue qui chaloupe, et qui allume, et puis qui blesse,

pute blanche luisante au ventre plein comme une lune, se dérobe

splendeur noire aux sucs dressés sous la tunique de coton doux – sa peau mâte luit, scarifiée

tête de soleil inclinée, inaccessible sous la paroi de verre aux mille raies dont chacune est la trace dramatique et indélébile des tentatives infructueuses des hommes, torturés par tant de beauté à leur portée mais sous scellé,

ce monde-là, aussi vaste que le désir, inextinguible, se retira sur la pointe des pieds, vaincu par la promesse de la neige,

pour céder la place à un lieu, resserré : la chambre, baignée d’ombres cotonneuses.

Et ce fut comme si son corps disloqué lui avait été restitué. Dans son intégralité. Il respira avec force l’odeur élémentaire du drap tramé, prit à pleine bouche la chair sucrée de son bras, là où le biceps s’efface devant le creux de l’aisselle aux fragrances sombres. Il était là, ne désirait rien d’autre que d’être là, dans cette pièce exiguë transformée en un radeau incertain mais solide dans l’attente tranquille de la neige. 

Il se rappela  le principe qui présidait à la cueillette des fleurs de montagne : se contenter de ce que la main peut contenir.

Extrait de Transes (1999)

 

 

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