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Publié le par Juliette Mézenc

Chaque nuit, le cœur de Chiara la réveillait. Il tapait des pieds. Il piaffait. Il heurtait, heurtait rogue contre les côtes. Rejoindre le flot tumultueux des étoiles, voilà ce qu’il voulait.

Insensiblement, Chiara lui accorda de s’aventurer vers ces lieux où elle n’avait elle-même ni l’audace ni la folie de se jeter. Elle le tenait cependant par la bride, toujours et fermement, lâchant du mou lorsqu’il ne tirait pas comme un fou. L’essentiel : qu’il ne lui fasse pas faux bond. Elle en aurait été mortifiée.

Tenir ainsi son cœur en laisse requérait énergie et sans froid. Au moment où elle approchait la faille, il sentait ce grand désordre de feu et d’astres précipités pêle-mêle en son fond. Un désir pressant de grand galop s’emparait alors de lui, il tirait sur sa chaîne, hurlait à la vie à la mort, se débattait comme un beau diable qu’il était.

Chiara le maîtrisait avec peine. Il faut dire, son palpitant au fil des nuits avait forci. Curieusement. Il encombrait maintenant tout l’espace sous les côtes, poussant l’estomac à se coller aux intestins, les poumons à remonter sous la gorge – salut la glotte et la luette, les amygdales et cordes vocales – ce qui ne manquait pas de causer à la propriétaire des organes en question de bien pénibles désagréments : les aliments se frayant avec moult difficultés un passage par l’œsophage, ses repas se réduisirent rapidement en purée puis ne furent plus constitués que de liquides divers, lait, jus de fruits ou vodka, la zubrowka, la seule qu’elle supportât. Il lui était également impossible de prendre de profondes inspirations face au bleu de la mer ; trachée quasi bouchée, poumons rapetassés entre les clavicules qui se plaignirent, en vain, de l’intrusion, il fallait se contenter d’un service minimum. L’estomac, quant à lui, laissait couler, les purées et liquides n’exigeant de lui qu’un travail réduit. Il paressait. Seuls les intestins faisaient véritablement les frais des désordres susnommés, ils se tordaient dur mais sans un cri, c’est toujours comme ça, quand ça déraille, c’est toujours l’esclave en bout de chaîne, le petit sans grade, sans particule, le roturier, coincé qu’il est, entre organes nobles et trou du cul, c’est toujours lui qui se tape le travail de merde. Du reste, ils se démerdaient comme ils pouvaient, le grêle, le gros, dansaient la gigue, ça mange pas de pain, se contorsionnaient, danses indécentes, pour oublier qu’ils disaient… la vodka, ça sert à ça. Un enfer au petit pied.

Femme côté nord

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