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Publié le par Juliette Mézenc

Elle brûle. Le froid saisit sa chair. Elle marche sur des crêtes insoupçonnées, leur blancheur s’hérissent de dents noires qui incisent l’air vif, vite, elle marche. Poussée par la morsure, elle marche. Paysages blafardés sous ses pas qui s’étirent. Ses pieds chaussés d’aiguilles ne s’enfoncent que très peu sur dôme blanc tremblotant, ses talons font des trous minuscules dans la neige qui desquame, ça l’amuse, les vieilles peaux sous ses pas glissent sensiblement, promesse d’avalanche. Elle marche. Est déjà loin lorsque la poudre blanche s’élève dans la vallée, se referme sur le village, en silence. Elle marche. Chaque pas agrandit sa vision. Elle franchit pics en ribambelle, fusent les rires sous  chemise de nuit, son sexe rougit blême. Il passe. Elle marche. Une cordillère s’étire, elle emboîte son pas, pose ses pieds sur ses vertèbres, la chaîne ondule, l’échine crisse comme craie sur tableau noir. Frissonner. Elle marche. Elle voit : une armée se prépare sous la lune aux rayons blancs, cheminées de fées en bataillons serrés, formation dense, ordre de combat donné. Une lame tranche dans le vif, elle esquive, d’autres lames surgissent, elle danse alors, des casques frôlent ses chevilles, manquent la broyer, elle danse, des couteaux ébréchés fendent ses chairs, elle danse. Ses escarpins la ravissent, lui donnent vivacité, lui taillent une route au-dessus de la mêlée. Les fées capitulent s’écroulent. Elle danse encore sur rocs rouges striés de blanc. Elle danse échevelée ne s’arrête ne peut.

Femme côté nord

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