--------------------------------------------------------

Publié le par Juliette Mézenc

Qu’est-ce que tu crois, j’ai pas besoin de toi, j’ai répondu en filant, qu’est-ce tu crois, que j’ai besoin de toi, de ton appart merdique, de ton salaire d’ouvrier sous-qualifié, j’ai de quoi acheter toute la ville, moi !, de tes conseils mielleux qu’on s’y englue à s’en donner la nausée, tu crois peut-être que j’ai besoin de, hein c’est ça ! ben non ! même pas ! Et j’ai pris le gode en passant.

Dehors il faisait nuit, galvanisée j’ai affronté le vent qui mordait ma peau sous le tee-shirt et j’étais en joie de le sentir qui me griffait me réveillait. Suis allée jusqu’à la jetée, ai plaqué mon ventre contre la pierre gelée face au noir béant sous la voie très peu lactée et je leur ai dit à tous que j’allais renfourcher les talons, que là-bas c’était AUTRE CHOSE, que vos étoiles, votre ciel, votre mer et vos voitures dernier modèle, ils peuvent aller se rhabiller, tous autant qu’ils sont, minables les étoiles et leur doux frou-frou, mièvre leur éclat en regard de ce que moi, Chiara, je peux vivre d’un seul mouvement de la cheville ! Et quelle liberté ! Fini votre monde au corps étriqué où moi je rapetisse, où chacun se rabougrit à force de se cogner à la dure réalité, où chacun s’endurcit, se fait des cals à l’âme ou des ulcères à l’estomac ! A la fin, plus rien ne bouge et les rues se remplissent d’hommes et de femmes horribles à voir, des escarres mangent leurs yeux qu’ils gardent fermés le plus souvent, pour ne plus rencontrer de regards, pour ne plus voir à quel point tout cela est décevant, décevant. Et dur.

Et puis j’ai eu froid. Et puis j’ai pensé que quand même il y avait peut-être une raison de rester, ici. La seule raison. J’ai eu envie de retrouver la raison, la seule qui vaille la peine de rester.

Alors je suis revenue, misérable. Il m’a prise dans ses bras. Il m’a demandé pardon. Je lui ai dit non, c’est moi.

Femme côté nord

Publié dans autres textes

Commenter cet article