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Publié le par Juliette Mézenc

 

Il y a : du plafond, dans une lumière plombée, pendent des ventres artificiels. Elle ne voit pas tout de suite les hommes qui font irruption dans son dos, tant elle est absorbée par sa tâche : elle circule autour des ventres, appliquant régulièrement la main sur les parois transparentes et souples. Souvent, le fœtus vient se coller contre la paume de sa main. Elle ne voit pas tout de suite les hommes mais les bottes sont lourdes qui martèlent le sol, les rires sont forts qui s’échappent des gorges. Elle se retourne. Ils sont huit, ils portent tous des bermudas à fleurs ainsi que des rangers. Même frange courte et maigre sur le front, même hilarité. L’un deux s’arrête brusquement de rire, les autres suivent aussitôt. Il s’approche alors d’un ventre, sort de son bermuda à fleurs un solide cimeterre et, dans un grand silence, tranche dans le vif. Le fœtus tombe à terre dans le liquide amniotique qui se répand autour de lui. L’homme au cimeterre explose de rire ; c’est le signal. Les autres se ruent sur les ventres, les percent les crèvent. Dans la précipitation, ils piétinent les fœtus qui se retrouvent vite en pièces détachées. De l’encre noire coulent de leurs plaies. Elle ne réagit pas, reste figée un long moment. Puis elle fait un geste de la main. Les hommes disparaissent. Instantanément. Elle se retrouve seule avec les corps démembrés sur le sol. A genoux, elle s’applique à recoller les morceaux mais, à chaque fois qu’elle est près de reconstituer le fœtus, alors qu’elle emboîte le dernier membre dans la dernière cavité, un autre membre précédemment réparé se déboîte et ça n’en finit pas. Aucun enfant ne retrouve sa forme première. Ils restent gisants dans l’encre noire tandis qu’elle va de l’un à l’autre, sans abandonner.

Nouveau roman (en cours)

 

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