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Publié le par Juliette Mézenc

Je suis la sentinelle. Je veille.

 Sa peau est fragile, je l’ai écorchée lorsque sous moi elle s’est glissée. Ce n’est pas la mer qui l’a jetée dans le creux de mon être rugueux. Je vois défiler dans mon ombre les objets les plus divers refoulés par la mer. Cadavres de bouteilles, le plus souvent. Elle, elle ne s’est pas échouée. Elle m’a choisi.

 Elle sent moiteur, elle sent douleur. C’est un corps étranger que j’héberge. Je ne sais quoi en penser. J’ai fait un tour dans ses rêves. J’y ai trouvé : une croix à porter, une grande étendue gelée. Je n’y suis pas resté.

 Je suis la sentinelle. Je suis de pierre et jamais je ne dors.

 Elle s’est blottie contre mon écorce et depuis 121 ans exactement, elle pleure. Jusque dans son sommeil.

 C’est ainsi. Les humains font monter le niveau de la mer.

 

"Ma demeure est baignée de bleu. Je loue le rocher qui m’héberge : il absorbe tout, les bruits environnants, mes vains reniflements, ce qui vient du dehors, ce qui part du dedans, il résorbe tout. Ma honte surtout. Et la mer à ses pieds soupire."

Nouveau roman

 

 

 

 

 

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Leila 10/03/2007 21:04

Je suis très touchée par ton texte. Très belle écriture pleine de poésie. La mer est le reflet de bien de choses... J'ai hâte de lire la suite...Bises, Soleille84