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Publié le par Juliette Mézenc

C'est ça, lâcher les mots après leur proie, les suivre et pour cela avoir du souffle et leur faire confiance surtout, on peut : ils ont du flair. Moment béni : celui où un mot en appelle un autre formant alors une chaîne vivante, en mouvement. Une ligne de fuite. On a alors peut-être une chance d'écrire vraiment c'est à dire : écrire par soi-même c'est à dire : bien autre chose qu'aligner des mots pour fabriquer des phrases harmonieuses qui signifient quelque chose.

Improviser, ne jamais jouer la partition d'un autre.

Publié dans kommen kon krée

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juliette 17/03/2007 11:57

en fait, l'idée de départ n'est qu'un prétexte, un marche-pied, un tremplin, une banale planche suffisamment souple quand même pour qu'elle donne l'élan. Après, d'autres forces entrent en jeu et c'est  là  que ça devient intéressant. Jeux de tensions à l'oeuvre dans l'oeuvre entre invention et réflexion, pensée et émotions, organisation et foutoir lyrique, toi et moi, méditation et action. 
"L'océan de possiblités", vraiment flippant par moments, paralysant l'océan, rien de plus angoissant que la liberté ! et en même temps, quel luxe !

gantelet stephane 15/03/2007 19:22

Comment qu’on crée concrètement ? J’en sais rien à priori. Tu prends la sculpture, ma pratique à moi depuis 20 ans, j’entends ce que tu dis, je le comprends d’un point de vue général: je me dis que ton point de vue d’écrivain est transposable à un autre domaine. Mieux, la ligne de fuite je la voie en  volume. Ce n’est plus un raccourcie comme en dessin pour te donner l’illusion de la profondeur. Mais pourquoi elle fuie ? Et puis c’est quel type de ligne d’abord ? Je commence à trouver un point de vue intéressant quand il intègre une réflexion sur ce point de vue. Un point de vue réflexif en quelque sorte. Tu dis quelques chose en créent des lignes. Le sens de ton propos s’occupe de leur agencement. Et puis tu oublie tout et tu regardes : si tu as de la chance tu vois un truc. Je veux dire un truc que tu vois vraiment et c’est pas du rêve où de l’ordre du discours mais bien un élément concret du vocabulaire avec lequel tu t’exprimes. Ca pourrait être par exemple un cercle, une combinaison de plans verticaux, un vide dessiné par des volumes où encore une ombre portée triangulaire. Quand j’ai vu, je peux dire que je suis dedans et que, comme tu dis, un mot en appel un autre. J’ai remarqué que si je travail dans ce sens (plutôt que sur le sens) il devient facile de rendre des décisions pour faire avancer la sculpture. Mieux, lorsque j’arrête, le titre souvent s’impose et renvoi la sculpture dans le champ du sens commun qui agit comme une sorte de marchepied dans un ultime renversement du rapport sens/volume. J’arrête lorsque je voie que j’ai articulé des éléments de mon vocabulaire les uns par rapport aux autres en toute conscience. Pourtant, si je froisse du papier, ce que je fais souvent, j’obtiens un volume. Si je pli mon papier plusieurs fois, que je le dépli et que je le froisse j’obtiens un autre volume. Ils sont tout deux le fruit du hasard. Pourtant dans le second cas le hasard est « contrarié » par mon action car mon pli à crée dans zones de faiblesse  dans la surface du papier. Je pourrais décider de couler mes deux feuilles en bronze, ce que je fais souvent aussi, et les présenter l’une à côté de l’autre comme une sculpture sur la notion de hasard. Ce qui va plutôt m’intéressé c’est les lignes droites, formé par les plis qui émergent de la feuille froissé. Je tiens un élément fort de mon vocabulaire de sculpteur. Le hasard à joué son rôle mais il ne va pas plus loin. A partir de là tout le monde descend. Il faut tout vérifier, chaque pli et au besoin réorganisé, associé, recommencer. Je ne dépends plus que de mon œil au milieu d’un océan de possibilité. Mais bon, n’oublie pas que c’est un point de vue lourd d’un sens très personnel ! parcequ’on pourrait tout aussi bien dire que créer ne se fait pas que dans un sens…