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Publié le par Juliette Mézenc

Il y a : Mathilde qui danse aux côtés d’une femme à la peau très noire. Elle reproduit tous les gestes de la femme avec un décalage très léger dans le temps. Tout ce que fait la danseuse, lever le genou, ployer le buste, basculer le bassin… elle le fait. Fidèle reproduction. Mais elle n’est pas dans la danse. L’autre est traversée par le mouvement qui vient de loin et se prolonge au-delà du geste accompli.

Ce n’est pas le cas de Mathilde. Elle s’arrête brutalement, s’assoit en tailleur – je vois son dos – et regarde. Nous regardons la femme à la peau très noire : le flux qui la parcourt délie ses membres, qui en redemande, sa joie est souple, sa trajectoire rappelle la journée aux champs et à la maison, elle dit la terre brûlé et le ciel très grand et pourtant tout se passe sur une surface extrêmement réduite au sol, son corps rond est une balle douce qui suit le mouvement. La femme noire n’obéit cependant pas totalement à ce flux, ce courant qui la traverse, elle lui résiste aussi, parfois. Elle sait être ferme quand il le faut, endiguer le courant pour créer la cascade. Ainsi, elle joue avec la danse : elle lui cède puis lui tient tête, s’y abandonne ou la sermonne, lui intime de ralentir le rythme pour le précipiter aussitôt, elle la module, la fait chanter. C’est elle qui mène la danse. 

Progressivement, le dos de Mathilde s’anime de mouvements subtils mais très perceptibles : il entre dans la danse. Sa  colonne bientôt vibre libre et le tremblement se propage par ondes dans tout le dos, jusqu’aux omoplates, à qui il donne des ailes : elles s’ouvrent et se referment alors lentement. A chaque battement, un peu d’air neuf entre dans le creux au milieu des pointes qui font saillie sous la peau. Bientôt une musique se fait entendre : elle monte du bassin et gagne par paliers tout l’espace. Même la nuque est touchée… elle se cambre un peu et ouvre le passage jusqu’au crâne où le son prend ses quartiers d’été. L’acoustique y est parfaite et nous écoutons longtemps une phrase mélodieuse et entêtante qui circule en boucle sous la cavité osseuse.

Nouveau roman

 

 

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Soleille84 04/05/2007 22:07

Corps en mouvement, danse, conscience de soi, des autres. Un texte qui témoigne de nos sens en éveil quand la musique nous envoûte.A+