ateliers d'écriture, le lieu et l'objet

Publié le par Juliette Mézenc

atelier # 5 à L'Echappée belle

 

Imaginer la rencontre entre un objet (choisi sur place parmi ceux que j'avais amenés) et un lieu de votre choix.


 

C'est au bout de cette queue que j'ai choisi mon film,

Salle 1

C'est au bout de ce sillage - fauteuils, têtes, fauteuils, têtes, écran blanc - que j'ai choisi ma place

Salle 1

C'est de cette place, sous les enceintes, derrière un grand costaud, que j'ai connu le remords,

Salle 1

Le son de l'attente, forte publicité, et cette enceinte qui me frétille les tympans,

Salle 1

Me déplacer, m'éloigner d'elle et de lui qui se gratte - et d'elle qui me tamponne

Enjamber des inconnus, partager sans gène,

Salle 1

C'est au bout de ce fil, son en discontinu que circule ma gène,

Salle 1

Couper le son, ne faire que voir,

Anéantir cette enceinte, sale enceinte

Salle 1

Enceinte, inceste, enceinte, étreintes, enceinte, ensuite, force d'écoute,

Enceinte éteinte

Salle 1.


Nelly

 

 

C’est une attraction détestable. Il m’attire

Une attraction que je déteste

Je voudrais être calme

Calme fluide

Sens délimités, illimités

Je flotte

Je monte

Je descends

Je couvre, découvre

Découvre cet objet inutile

Ce faux phare qui indique rien avec sa lumière vulgaire

Je ferme les yeux

Je les couvre

Invisibilité

Derrière les yeux

Une lumière

Douce, diffuse

Phare de l’intérieur

 

John Skinner

 

 

Une bicoque en bois, toute de guingois, sur une falaise, la mer.
Le vent hurle au travers des planches disjointes.
Les mouettes dérivent, leur cri de bébés emplit l'espace.
Les hautes herbes sifflent, fouettées par le vent.
Les vagues se fracassent contre les rochers, là-bas, tout en bas.
Le sol tremble sous leurs coups de butoir.
Le sable vient crisser en tourbillons contre le seuil.

Dedans, le silence.

Un homme, couché dans un coin, ou plutôt lové.
Yeux fermés, il respire calmement.
Un rayon de soleil vient agacer sa paupière
Eclair orange sous la paupière
Il ouvre les yeux, éclairs de mer.

Se lève lentement, écoute, ferme les yeux, écoute le dehors.

La pièce est nue. Rien, sauf un long clou rouillé planté dans l'unique poutre.
Au bout du clou, un long ruban en satin blanc défraichi.
Au bout du ruban, un petit sac de femme en perles avec un fermoir en nacre ouvragé.

Il ouvre le sac avec d'infinies précautions, en sort un petit flacon de parfum ambré,
le respire, s'en imprègne  jusqu'au fond de son ventre, jusqu'au bord de sa peau.
Il hume le souvenir d'elle mélé aux senteurs de la mer, des herbes sèches, des oeillets sauvages, de la terre salée.

Puis il saisit le clou rouillé,le tire, le tord, l'arrache de la poutre.
Il lacère le petit sac, brise le flacon.
la terre boit le parfum .

Lorsqu'il ne reste plus rien, de menus  éclats de verre, perles éparpillées, échardes de nacre luisante,
il arrache la planche pourrie qui obstrue la porte et sort.
Le long ruban blanc passé à son cou flotte.

Le vent le prend

Isabelle

Publié dans ateliers d'écriture

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Christophe Sanchez 14/11/2010 10:47



Et oui, je me doute qu'il manque beaucoup de choses pour que de tels textes sortent, l'intérêt de l'atelier finalement. Allez, si l'inspiration me vient, j'ferais une bafouille avec tes machins
là. Bon we Juliette.



Juliette Mézenc 14/11/2010 10:56



bon we à toi, je retourne à mon balai et autres objets utiles et pas que pour écrire (détournons l'éponge pour un nouvel usage : astiquer !)



Christophe Sanchez 12/11/2010 17:50



Ben dis-nous les objets, qu'on joue aussi ! :)



Juliette Mézenc 14/11/2010 10:14



hum difficile d'en faire une liste exhaustive (rien n'empêche d'en choisir d'autres) mais sache qu'il y avait des clous rouillés trouvés sur le brise-lames, une lampe tempête à trois francs six
sous, une boite de bêta-bloquants, un tampax, une perruque, de petites enceintes blanches, un tampon-encreur en forme d'étoile de mer... autre chose : je mets en ligne la proposition réduite à
son expression minimale, en réalité je procède par étapes et je me débrouille pour que les participants découvrent les intentions au fur et à mesure, je m'efforce de les guider au cours d'une
sorte d'immersion progressive dans le travail, dans la langue. Ce que ne rend pas du tout la phrase d'introduction aux textes produits, sur le blog.