le grand retour d'Ulysse sur nos écrans

Publié le par Juliette Mézenc

pour le fan club + les lointains là-bas sur les îles amies, je mets en ligne ces jours du matériau de l'expo [brizlam], pièces détachées de ce qui aura occupé notre joli mois de mai. Première pièce détachée, un extrait du Journal du brise-lames que Danielle Freyss a lu à sa royale façon le soir du vernissage :

 

1er juin

Rêve # 3

Ulysse s’approche de Calypso. C’est lui, ses yeux rieurs. C’est elle, la nymphe aux belles boucles. Pas de doute là-dessus. Juste je me dis : tiens, ils sont encore vivants. Je les vois mais je ne sais pas qui je suis. Juste un œil qui épie. Je me dis : et moi, je suis qui ? Et puis la scène me prend et je ne me dis plus rien.

Leurs corps se rencontrent, ça fait des bruits mats parce qu’ils jouent, leurs muscles comme des écureuils dessous la peau, roux et rapides. Ils sont nus et la lumière aussi.

Scène sur fond de béton + mer. Le béton tangue sous la lutte, la mer reste de marbre. Au loin : des cyprès en feu sur la colline, de l’autre côté de l’eau. Odeur qui entête, je me dis : j’ai aussi un nez. Le vent se lève.

Ulysse tombe sur le dos, béton qui bascule puis retrouve l’horizontalité. La déesse bouclée profite de l’avantage : à califourchon, elle vient frotter sa vulve sur le ventre puis le torse du rusé. Il rit. Elle écarte de ses doigts les grandes pour que les petites puissent glisser à leur aise. Latin, je me souviens : les nymphes sont les petites lèvres de la vulve. Je me dis que vraiment c’est désagréable de raisonner ainsi en plein rêve, que je risque d’en sortir, à force. Je me concentre sur l’action. Les lèvres gonflent et font vagues sur Ulysse. Elle lui parle en arabe et dans le même temps va et vient lentement sur la poitrine de son amant. Mon œil se trouble, je voudrais chasser l’eau qui brouille la vision mais impossible, pas de mains, une aile blanche traverse mon champ de vision, c’est tout. J’essaie de cligner de l’œil mais impossible, mon œil est fixe, sans paupière. Je fais avec, je me contente de la scène troublée. Je vois quand même, et très distinctement, un bleu à l’intérieur de la cuisse de la nymphe. Je me dis : une déesse ? un bleu ? puis me rappelle que les nymphes sont des déesses de rang inférieur. Je comprends qu’elles peuvent se faire mal, que leur peau peut marquer. Ulysse maintenant prend à pleines mains le cul de la déesse pour la renverser dans sa bouche, comme une outre. Il boit à même son sexe, la vision se trouble encore. Calypso rêveusement se touche pendant que la verge de l’homme aux mille ruses gagne du terrain, grandit jusqu’à venir taper dans les reins de la nymphe. Elle se retourne et rit, descend d’une main le mât droit vers les testicules. Elle les cajole un moment en souriant, et puis redevient grave, joue avec sérieux : elle applique des pressions douces sur tout le sexe de son amant, on dirait une savante qui expérimente, tout à son affaire tandis qu’Ulysse tète un clitoris qui grossit. Au-delà de toute mesure. Ses joues gonflent, un prodige dans sa bouche, la bouclée suspend son jeu – alentour tout observe et attend dans la fumée acre des cyprès et du vent – et bientôt d’un tour de rein bien divin projette le marin vers le ciel et le fait tournoyer autour de son machin. Il est là-haut et soleil. Je pense à un soleil celtique, avec les rayons qui suivent le tournoiement s’échevelant.  Un soleil blanc. Stop. Corps surexposés. Stop.

Quelques lignes noires délimitent encore le contour des corps et des blocs de béton, l’horizon.

Alors, je pousse un cri mais c’est un criaillement qui sort, le rire affreux d’un goéland.

 

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photo : éric barbier

Publié dans projet brise-lames

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Commenter cet article

Ponsky 29/05/2010 13:58



Heureux qui comme Ulysse... a fait un beau voyage de rêve à briser l'âme !  On dit qu'on est fait de ce que nos rêves sont...  What a dream ! Un rêve cru, tendre et vrai à la fois. C
très beau.


Calypso is like so !  :-)


 



Juliette Mézenc 30/05/2010 17:29



merci ponsky



Stéphane Gantelet 28/05/2010 17:42



Mémorable instant où cette vénérable dame nous décrit l'anatomie intime de Calypso devant un auditoire médusé.