les tribus archaïques

Publié le par Juliette Mézenc


Parfois, l’un de nous se met à raconter des histoires drôles, qu’est-ce qu’on peut se gondoler ces soirs-là, faut voir ça, on rigole bien quand on se retrouve, ça oui, en fait les histoires qu’on préfère, et là je vous jure c’est à se plier, c’est celles que nous racontent les « revenants » fraîchement débarqués – je veux dire : ceux qui reviennent du nord, là que sont regroupés les tribus archaïques, ceux qui reviennent du nord donc, ceux qui ont vu de leurs yeux vu les fameuses forteresses grises hérissées de miradors et tapissées de publicités aux couleurs vives, couvertes d’aphorismes du genre « Prenez en compte le fait que beaucoup d’amour et de grandes réussites impliquent de grands risques », « une atmosphère d’amour dans votre maison est le fondement de votre vie », « soyez doux avec la terre », « rappelez-vous que ne pas obtenir ce que vous voulez est parfois un merveilleux coup de chance » – ceux qui reviennent de là-bas donc – quelle drôle d’idée, rien que ça déjà, vouloir rentrer dans ces espèces de camps retranchés tout peinturlurés, moi ça me fait bien marrer, paraît qu’y en a que ça fait rêver, chaque année y’en a qui partent, qui risquent leur peau, qui partent d’ici ou d’ailleurs plus au sud, j’arrive pas à comprendre – les revenants, donc, je disais, ils nous racontent des histoires à se tordre, du genre – j’en ris rien que d’y penser tiens, vous allez voir, oh non sans blague c’est trop poilant – paraît que les K – les kaïques quoi, comme ça qu’on dit entre nous – ben paraît que les K travaillent comme des dingues ! Comme des brutes, je vous dis ! Si, faut me croire ! Et attention faut pas déconner avec ça, ils sont chatouilleux sur le sujet, ça les met en rage ceux qui plaisantent avec ça, paraît qu’ils prennent leur travail très à cœur, ils sont toujours, jour et nuit, très occupés à travailler et tout ceci est très sérieux et de la plus extrême importance, et là où ça devient vraiment drôle, c’est quand un revenant nous sort un objet qu’il a pu rapporter de là-bas, un de ces objets que les Kaïques fabriquent en série : une mini-rocaille lumineuse, une lotion « grey away » qui empêche les cheveux blancs d’apparaître (c’est écrit sur le flacon), une culotte avec prothèse en silicone « fesses galbées », un appareil pour ériger ou même gonfler le sexe masculin (un « gonflex » ça s’appelle) en fonction de la situation de départ, et j’en passe, si vous saviez tout ce qu’ils nous ramènent ! et ça nous en bouche un coin, qu’on puisse consacrer tout son temps, donner toute son énergie pour fabriquer et vendre – parce qu’après faut vendre, c’est pas le tout, sacré boulot, si vous croyez que tout le monde n’a qu’une envie, acheter une mini-rocaille lumineuse, vous vous fourrez le doigt dans l’œil, faut se tirer les doigts du cul, ensuite, pour marquer les esprits, persuader les gens qu’ils ont tous un besoin urgent, un besoin vital, un besoin phénoménal d’une mini-rocaille lumineuse, que le jardin ne sera véritablement jardin qu’à partir du moment où trônera entre la piscine et le massif de pétunia une mini-rocaille lumineuse – ce genre de trucs, voilà ce qui nous fait marrer !

Le Journal du brise-lames 

Publié dans projet brise-lames

Commenter cet article

Frédérique M 19/11/2009 10:39


Merci pour votre lien, Juliette.


Taraf Zelie Bordela 18/11/2009 09:16


Et Juliette tu sais quoi ?
Le taraf il est fan du brise-lames.
Pour ça alors qu'on a vite déserté le nord ?

Et pour les Kaïques qui n'auraient pas tout lu, il y a Sujets sensibles sur
publie-net.
Un truc à lire pour comprendre aussi comment s'écrit la rude langue du brise-lames, comment elle vous scintille dans les oreilles pour rigoler un peu.
Quand on aime on le dit, on peut l'écrire aussi juste pour provoquer le partagement général-collectif. Ne plus lire seul et partager l'envie autant qu'on peut.« On a en permanence à mener cette tâche parce que c’est de nous qu’il est question, dans le regard et la parole de
l’autre, et des rêves à sauver. » C'est François Bon qui l'écrit à propos de Sujets sensibles. On est d'accord, on y va, on lit tout.