Rabelais for ever

Publié le par Juliette Mézenc

A la faveur de la maladie, j’ai passé ces derniers jours chez Rabelais, dans sa langue, une langue si langue qu’elle en donne le tournis (et pour peu qu’on ait la fièvre…), une langue comme une pâte, une matière proche de la lave, qui emporte et jubile, et ramène à l’écriture, à cette joie quand, enfin, ça y est (après les « et que je te tourne autour »,  « et que je vais faire un petit tour sur face book », « et que je caresse le chat »… parfois le sentiment qu’écrire requiert d’abord et surtout la capacité à accepter ces moments-là, on est au bord, on sait qu’on va se lancer, on le sait parce qu’on n’a pas le choix, mais on ne connaît ni la direction que ça va prendre, ni les moyens à mettre en œuvre, alors on retarde, on tourne en rond, on se sent aussi utile qu’un pou, vaguement pathétique), on est dedans, et ce sont les mots qui conduisent, une ivresse (et on pense à la "dive bouteille" et aussi à Baudelaire "De vin, de poésie ou de vertu à votre guise mais enivrez-vous !"), reste à maîtriser un peu le flux, et encore, pas forcément, on verra bien après.

Je vous recommande vivement la lecture de l’édition originale des oeuvres sur publie.net, avec pour guide éclairé François Bon et son Pour lire Rabelais.

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claude favre 12/01/2010 18:49


c'est ça, ce tournis qu'à lire certaines langues, telles celle de Rabelais, on perd l'équilibre juste ce qu'il faut pour se lancer, à écrire un texte ou une lettre à un ami. Gorge nouée d'un plein
de langues qui n'est pas trop. Pour ma part, lorsque je le lis, j'ai souvent un tremblement, mais ce n'est pas triste, au contraire. Et lire François Bon à ce sujet est extrêmement revigorant


Juliette Mézenc 13/01/2010 13:24


@claude : revigorant et tremblement, difficile de trouver mots plus justes pour dire cette expérience, merci de prolonger ainsi mon article


Enfantissages 12/01/2010 18:44


J'aime (comme d'habitude ;-) ) quand tu parles de ta relation à l'écriture. Je garde un souvenir mémorable de ma lecture du Pantagruel. Merci pour le lien vers Publie.net, à l'époque j'avais lu
l'exemplaire de mes parents, je vais donc pouvoir m'y replonger malgré tout! Je te souhaite un prompt rétablissement!


Juliette Mézenc 13/01/2010 13:28


@juliette, tu m'en diras des nouvelles, moi aussi je ne connaissais que des versions modernisées, expurgées, affadies par rapport à ce que tu vas découvrir (tu peux commencer par écouter des
extraits lus par françois bon sur tiers livre, très bon hors d'oeuvre !)