tout petit précis d'architecture

Publié le par Juliette Mézenc

Une petite nouvelle vient de débarquer sur le brise-lames, les traits et l'identité mal assurés, le pas beaucoup plus sûr. L'occasion d'introduire dans le Journal du brise-lames des notes prises par ce personnage, notes en rapport à l'acte d'écrire (occasion donc d'injecter dans le Journal les réflexions sur la construction du Journal que je vais piocher indifféremment dans mon carnet noir ou sur ce blog).

Je mets ici en ligne un court extrait, en fait une ébauche de ce qui pourrait être un tout petit précis d'architecture.

 

      le bricolage est la voie.

  1. inventer, chacun, sa voie, et ceci selon son tempérament.
  2. inventer, chacun, sa voie, et ceci selon l’humeur du moment. Se faire architecte au petit pied.
  3. avancer cahin-cahat, pas de plan d’ensemble.
  4. ne pas craindre :

a) les fissures, très bien que la construction prenne l’eau, très bien qu’elle prenne l’air, l’ensemble se doit d’être ajouré,  poreux.

b) les cavités – du moment qu’elles ne compromettent pas trop la stabilité de l’édifice – où se déploient les forces souterraines.

c) le rapetassage : retravailler la surface, inlassablement, avec des matériaux divers qui ne lissent pas mais réajustent, sans faux semblants. Une surface lisse est une surface suspecte.

d) les ratés, les ratures, les chiures.

  1. s’adosser à l’existant puis lui tourner le dos. Faire face à l’ouvert. Faire avec le vertige. Faire. Aussi : se laisser faire.
  2. construire avec les matériaux du bord, ceux trouvés sur place. La coque d’un navire échoué sera recyclée en charpente.
  3. prendre son temps, étirer la construction dans le temps, le plus possible. Lui donner une chance de devenir une structure travaillée par mille mains, mille outils, composée de mille objets de mille matières. Lui donner la chance de lentement devenir. Accueillir styles variés et mal appariés. La construction se doit d’être un joyeux bordel.
  4. en plus, l’idée, c’est pas de se fatiguer. Nous sommes tous des travailleurs du dimanche.
  5. aucun devoir ne doit présider à la construction. La nécessité seule fait loi. Ne pas s’embarrasser d’esthétique, elle suivra.
  6. réhabiliter les expressions suivantes : coup-ci coup-ça, cahin cahat, à la va comme je te pousse, micmac, à la va-vite, ni fait ni à faire, bon à nib, nib de nib, neuneu ainsi que les mots verrues, métastases, ergots, bidonville, excroissances, tumeurs, polypes, chimères, poésie, monstruosité, zones.
  7.   déplacer, transposer, faire glisser : des portes une fois assemblées serviront de cloisons, des étais de chantiers monteront en tonnelle pour soutenir la vigne vierge, les flotteurs des filets feront de très acceptables guirlandes décoratives. Ici sera le lieu de la fête spontanée. Une corne de brume saura fédérer les va-t-en-fête, en lieu et heure dites, ceci grâce à un code à mi-chemin entre le morse et le langage HTML.
  8.  constructions nombreuses et minuscules reliées mais autonomes.
  9.  exemple 1 : le brise-lames
  10.  exemple 2 : la baraquette
  11.  exemple 3 : L’affaire furtif de Sylvain Prudhomme
  12.  contre-exemple : résidences closes, bunkérisées  qui n’ont pour

 

ça s’arrêtait là, le vent n’était pas de la partie ce jour là, la page n’a été tournée qu’avec le retour du dos, black out.

 

 

 

 

 

Publié dans projet brise-lames

Commenter cet article

Dominique Boudou 16/12/2010 11:15



Si j'étais publicitaire avec une grande fortune je placarderais votre texte sur tous les murs de France. Bien sûr que la vie c'est du bricolage avec son lot de cahin caha.


Merci pour votre invitation facebookienne.



Juliette Mézenc 16/12/2010 14:52



Dominique, mettez-y un peu du vôtre voyons, faites fortune ! en attendant je me contenterai de republier ce texte sur mon nouveau site (mot maquis), merci pour les visites et lectures :)



F.C. 26/11/2010 20:24



Malheureusement, c'est une conception de l'architecture qui n'est probablement pas conforme au plan local d'urbanisme ...



Juliette Mézenc 26/11/2010 23:19



oui F.C. : conception qui détourne, contourne, tournique autour du plan local, lui plante des banderilles sur le o, en fait un hérisson tout chaud numéro zéro, le laisse comme un rond de flan,
pov plan local



marlen 25/11/2010 11:56



Chère Juliette,


J'aimerais connaître l'ensemble de vos solutions clés en main pour exposer dans les salons, expositions et autres lieux foireux, votre joyeux bordel m'ayant démangé les doigts, et la tête,
alouette. Question subsidiaire : les mots peuvent-ils s'agripper dans les cavités, fissures, fractures de vos constructions et résister au temps qui passe, tout cela sans nuire au bel agencement
équilibresque que j'entrevois ?


 


 


 


 


 



Juliette Mézenc 25/11/2010 13:42



chère marlen, oui bien sûr ! les mots-vampires, les mots-moules, les mots-crampons qui ne vous lâchent pas tant que vous ne leur avez pas fait fête, tous les mots en somme parce que tous les mots
sont adultes, n'est-ce pas ?


Quant au lieu d'expo, il est ici, seul lieu suffisamment foireux pour accueillir un tel bazar !



Juliette Mézenc 25/11/2010 11:30



"la construction se doit d'être un joyeux bordel" oui ok mais pas à ce point ! overblog ne veut pas entendre raison et s'obstine à boulotter la mise en page qui au départ donne tout de même un
peu de tenue à l'ensemble. vais voir ce que je peux faire.



Christophe Sanchez 25/11/2010 11:25



y a quelque chose de joyeusement anarchique dans tout ça ! :)