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  • : juliette mézenc

Texte Libre

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Jeudi 4 juin 2009

je ne me doutais pas qu'un travail de correction pouvait être aussi passionnant, fastidieux certes mais pas que. Il faut dire que j'ai eu la chance d'être lue (pour publie.net) par Agnès Castellet, correctrice pointilleuse, attentive à tous les petits écarts de langue, me demandant à chaque fois si je souhaitais maintenir ou pas. Ce qui m'a amenée souvent à verbaliser des intuitions. Et grâce à son aide, j'ai aussi trouvé un titre (enfin !) : Une autre idée : "Sujets sensibles : attention chantier", pour reprendre la sensation très juste qui sourd de cette phrase : "Mes flancs en mai 1995 sont encore loin de s’être refermés. Et sur mon dos un écriteau : Attention chantier ! Ici, on reconstruit sa maison". Cela ajouterait, je pense, une dimension au titre et engloberait mieux ce dont il est question dans l'ensemble de votre texte.


Merci Agnès, pour ce travail et le dialogue qu'il a provoqué. 
Extraits du manuscrit en correction :
Ils me la prendront pas cette terre, pas possible, plus possible, elle est moi à moi je maintiens « elle est moi » cette frontière entre le champ et le cœur du bois

Une femme passe, très belle, cheveux courts et gris, presque blancs. Longtemps qu’elle travaille dans cette médiathèque.

Une femme passe, ses cheveux coupés courts sont presque blancs.

[2 versions d’une même phrase ? N’en garder qu’une seule ?] je garde les deux versions, ce qui contribue à troubler la vision, à la flouter, un peu comme dans les rêves lorsqu’on les repasse au réveil

  

Je veux faire médecine parce que pour moi ça a l’air simple, il faut juste apprendre en fait, apprendre et appliquer, il faut pas inventer des choses par soi-même, de toute façon y a pas grand-chose à faire, quand je travaille je perds pas mon temps et je sais que plus tard, j’ai mon avenir assuré. Si je travaille j’ai plus de chance de réussir que d’échouer,


ça va pas tomber du ciel. [
garder le saut à la ligne ?] oui je garde le saut de ligne, le « ça va pas tomber du ciel » se détache, tombe du paragraphe, j’aime cette expression et elle est très juste ici

J’ai tendance à me la raconter en dansant, il se la raconte, tu te la racontes, je me la raconte : on dirait que je grimperai grimperais je garde le futur pour plus d’actualisation d’autant plus que je passe ensuite au présent en flèche 















 

 

 
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Vendredi 3 avril 2009

La Plume aurait été interné en HP : nouvelle que j'apprends de la bouche d'une martine sous le choc, ce we aux halles... il aurait distribué des biftons aux passants après avoir hérité d'une fortune, sa famille aurait moyennement apprécié. Supputations-consternation-interrogations-suspicions-indignation-tristesse surtout parce qu'on saisit qu'on ne le reverra peut-être plus dans les rues de sète et puis keskonfait ? visite ? oui mais où ? article dans la presse ? On se quitte là-dessus en se promettant de "faire quelque chose".
Le soir, je reprends ma lecture de la postface de "Bartleby" écrite par deleuze : "Les originaux sont les êtres de la Nature première, mais ils ne sont pas séparables du monde ou de la nature seconde, et y exercent leur effet : ils en révèlent le vide, l'imperfection des lois, la médiocrité des créatures particulières, le monde comme mascarade". C'est TOUT la Plume. Un fou roulant qui, quand je suis arrivée à sète, sillonnait encore la ville à vélo sur le porte-bagage duquel il accrochait un drapeau - à la suite d'un accident, il a troqué un moment son vélo contre un fauteuil roulant (+ drapeau !)  mais récemment on le croisait plutôt à pied, et dans les tenues les plus audacieuses. La Mathilde de Poreuse lui doit beaucoup. Tout le monde le connaît ici, chacun peut raconter un épisode de sa vie tant il fait corps avec les rues de la ville. Quelqu'un lui a même créé un groupe de soutien sur facebook. En attendant, on est toujours à la recherche d'infos un peu précises concernant ce Monsieur. Une chose est sûre pour l'instant : Mathilde/La Plume sera en première ligne dans le Journal du brise-lames.
 

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Vendredi 20 mars 2009

j'hésite entre deux citations pour mettre en exergue des "Voix"  (dont je n'ai d'ailleurs pas encore trouvé le titre ; là aussi j'hésite :  "Voix", "Sujets sensibles", "Des voix là"...) :

 - Celle que je viens  lire sur Lignes de fuite, blog qui me devient décidément indispensable (pour les raisons données par christine genin herself dans le même post) :

Trouver, rencontrer, voler, au lieu de régler, reconnaître et juger. Car reconnaître, c'est le contraire de la rencontre. Juger, c'est le métier de beaucoup de gens, et ce n'est pas un bon métier, mais c'est aussi l'usage que beaucoup de gens font de l'écriture. (...) La justice, la justesse, sont de mauvaises idées. Y opposer la formule de Godard : pas une image juste, juste une image. C'est la même chose en philosophie, comme dans un film ou une chanson : pas d'idées justes, juste des idées. Juste des idées, c'est la rencontre, c'est le devenir, le vol et les noces, cet « entre-deux » des solitudes.

Gilles Deleuze ; Claire Parnet, Dialogues (1977, réed. Flammarion Champs, p. 15)


- et celle que j'ai en tête depuis le début,  puisqu'elle est issue du livre qui m'a donné l'impulsion de départ :

"Nous sommes le lieu de cette chimie étrange, nos molécules changent, s'altèrent, se gonflent comme elles croisent les molécules d'un autre. Nous ne sommes que des croisements"
Maryline Desbiolles, C'est pourtant pas la guerre (Fiction § cie, Seuil) 

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Lundi 16 mars 2009

je repense très souvent à cette phrase de virginia woolf que j'avais écrite au tout début du manuscrit de "Femme côté nord", sur l'envers de la couverture (habitude gardée du temps où je tapissais mes couvertures de classeurs, au lycée, de vers de baudelaire ou de rimbaud) : "Je ne veux pas être "célèbre" ou "grande". Je veux aller de l'avant, changer, ouvrir mon esprit et mes yeux, refusée d'être étiquetée et stéréotypée. Ce qui compte c'est ce libérer soi-même, découvrir ses propres dimensions, refuser les entraves".  Les entraves dont il y a urgence à se dégager, pour moi : la bêtise - préjugés, pensées conformistes et confortables, provocations inutiles etc la liste est longue et l'écriture ne fait pas de cadeau, épreuve de lucidité : c'est justement en écrivant/s'engageant que l'on a quelque chance de mettre le doigt sur ses propres insuffisances, tant qu'on reste dans les limbes on peut toujours s'illusionner voire faire illusion autour de soi - et les peurs, beaucoup plus difficiles à conjurer mais ça se travaille aussi, pas de raison.  

Sur le même manuscrit, cette phrase de breton qui reste pour moi une injonction obscure et très puissante : "Il y a des contes à écrire pour les grandes personnes, des contes encore presque bleus". Elève mézenc, au boulot !

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Vendredi 13 mars 2009

des jours comme aujourd'hui où écrire = 1- écrire des bêtises 2- réaliser qu'on a écrit des bêtises 3- raturer et recommencer 4- écrire des bêtises un peu moins bêtes (du moins on l'espère) 5- raturer et recommencer etc jusqu'à  trouver quelque chose qui (du moins on l'espère) sera un peu plus juste/trouble/destabilisant/vrai/vital. Mais rien n'est moins sûr. Pas génial pour débuter un week-end. Heureusement aujourd'hui il y a eu aussi : un très beau texte de françois bon + Bartleby dans la presse = excellents lots de consolation, vraiment.






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Vendredi 6 mars 2009

je travaille ces jours sur ma onzième et dernière Voix. Le "journal du brise-lames" m'attend... Bien envie cependant de poursuivre l'expérience des "voix", peut-être demander à quelques élèves à chaque fin d'année de se prêter au jeu et ainsi s'inscrire dans la durée. Une chose est sûre :  je ne veux pas en rester là, ces rencontres modifient profondément mon rapport au lycée, à mon travail d'enseignante. Les textes qui en résultent sont le produit d'échanges entre des actes, individus ou territoires qui ne font souvent que se cotoyer, en surface : enseigner/écrire, profs/elèves, france/afrique... Il s'agit donc de creuser : des tunnels, des grottes où l'on pourra se parler dans un territoire entre-deux.

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Mercredi 7 janvier 2009
Je participe ces jours-ci à un stage au Centre Chorégraphique National de Montpellier intitulé "Ecritures chorégraphiques" et animé par anne lopez et christine jouve. Elles ont notamment évoqué ce qui était premier pour elles dans le processus de création, du moins pour leurs derniers spectacles. Pour anne lopez, une vision, plus précisément un rêve, à l'origine de "Idiots mais rusés". Elle a besoin au départ d'une image, un lieu, une ébauche de scénario. Pour christine jouve, pas de vision, juste de vagues intuitions au tout début de France -Algérie. Et une rencontre, avec le plasticien patrick andré. Mon attention est tout de suite captée par ces questions liées à ce qui surgit au tout début, le point de départ, même si l'expression ne convient pas, rien de statique au commencement, plutôt une poussée, de l'intérieur. Trop fatiguée pour en dire plus ce soir, faut dire qu'elles nous ont fait danser ! pas question d'écouter vaguement/sagement avec elles... 
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Samedi 3 janvier 2009
J'ai été très intéressée récemment par les articles et commentaires sur le blog de bartleby concernant le roman et les pavés littéraires. J'ai beaucoup aimé les gros pavés, à l'adolescence, passionnément : plonger dans un monde parallèle et radicalement coupé du mien, disparaître - mes parents m'appelaient en vain - et vivre d'une vie bien plus intense que celle que je menais, terne.
Aujourd'hui, je préfère les pavés légers, une écriture particulière, une "atmosphère". La frontière est vraiment très poreuse aussi entre les univers des livres que je lis, le texte que j'ai en cours et la vie que je mène. Je lis pour cette raison plus lentement, pour que les mots me rentrent dans la peau mais aussi et surtout parce que je lève régulièrement les yeux du livre pour regarder par la fenêtre, me perdre dans mes propres pensées/images, saisir un de ces carnets, toujours à portée, sur lesquels je prends des notes. Besoin de ces vies parallèles, de ce "surcroît de vie". Proche en cela, peut-être, j'imagine, de pas mal d'écrivains... de chloé delaume en tout cas, si j'en juge par ses posts . 
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Lundi 29 décembre 2008

"Je relisais à l'instant le dernier paragraphe. Bien que je n'en sois pas autrement satisfait, ce n'en est pas moins la plume d'Oscar ; en effet elle a réussi à exagérer, sinon à mentir, avec concision et cohérence (c'est moi qui surligne), à  présenter, des choses, un rapport volontairement concis et cohérent, de temps à autre."

 Le Tambour, Gunter Grass

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Vendredi 19 décembre 2008



écrire entre les lignes
prendre l'espace, mais pas trop,
s'agit de laisser du champ à l'autre
du champ pour lire entre les lignes. 
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