bas les pattes les pubs
contact : juliettemezenc@gmail.com
bas les pattes les pubs
Une petite nouvelle vient de débarquer sur le brise-lames, les traits et l'identité mal assurés, le pas beaucoup plus sûr. L'occasion d'introduire dans le Journal du brise-lames des notes prises par ce personnage, notes en rapport à l'acte d'écrire (occasion donc d'injecter dans le Journal les réflexions sur la construction du Journal que je vais piocher indifféremment dans mon carnet noir ou sur ce blog).
Je mets ici en ligne un court extrait, en fait une ébauche de ce qui pourrait être un tout petit précis d'architecture.
le bricolage est la voie.
a) les fissures, très bien que la construction prenne l’eau, très bien qu’elle prenne l’air, l’ensemble se doit d’être ajouré, poreux.
b) les cavités – du moment qu’elles ne compromettent pas trop la stabilité de l’édifice – où se déploient les forces souterraines.
c) le rapetassage : retravailler la surface, inlassablement, avec des matériaux divers qui ne lissent pas mais réajustent, sans faux semblants. Une surface lisse est une surface suspecte.
d) les ratés, les ratures, les chiures.
ça s’arrêtait là, le vent n’était pas de la partie ce jour là, la page n’a été tournée qu’avec le retour du dos, black out.
28 Octobre
Elle s’appelle Mathilde, Emmanuelle, Leïla, Dorothy et Constance.
Elle vient régulièrement par bateau, trois ou quatre fois par semaine, depuis le début des travaux.
Elle porte une salopette large et des boucles rousses assez exubérantes.
Elle porte des cheveux très blonds et très courts, un jean et c’est tout ou presque.
Elle porte un caban et des tresses noires dans le dos qu’elle attache en un nœud commode pour faire les manœuvres sur un bateau. Parce qu’elle vient seule, elle est donc aux commandes.
Elle marche plutôt vite et sort à chaque fois du même sac en toile le même carnet noir luisant, on croirait dans sa main une moule qui s’ouvre. A grandes enjambées elle écrit puis renfourne le petit carnet pour le tirer aussitôt de son sac, toujours le même micmac et on peut logiquement se demander : mais pourquoi ne le garde-t-elle pas à la main. On dirait que ce qu’elle écrit est dicté par le double mouvement de la marche et de cette main qui tire et renfourne, tire et renfourne, tire.
Le Journal du brise-lames
énormément lu de témoignages ces derniers temps, pris des notes que j'ai l'intention de passer à la moulinette en espérant produire autre chose que de la soupe ou de la purée (les matières qui résistent, les grumeaux, les morceaux qu'il faut mâcher et remâcher s'avèrent plus intéressants dans un texte que dans une assiette, mais il faudrait en parler avec un chef, je me trompe sans doute). Ingrédients de choix avec "Pourquoi êtes-vous pauvres" de W.T. Wollmann, "La misère du Monde" élaboré sous la direction de Bourdieu et - moins intéressant parce que propos recueillis trop lissés mais bon de la matière tout de même - "Votre voisin n'a pas de papiers, paroles d'étrangers".
En parallèle je lis Apprendre l'invention (sur ma liseuse, avec un "vrai" bouquin à côté pour l'odeur du papier ;) de François Bon et CosmoZ de Claro. Extraits choisis :
"Sortir de l'atelier (d'écriture), pouvoir s'en passer, en finir avec l'artefact collectif, est une préoccupation qui reste toujours sous-jacente dans le rapport individuel que j'ai avec les participants. L'atelier n'est justifiable que s'il construit sa propre liquidation." Apprendre l'invention (publie.net)
"Une fois la tumeur ôtée, sa langue redevient petit bout de chair, poisson posé sur l'assiette de l'attente. Frank sait, enfin, de quoi il revient et retourne, il a acquis la science et s'y sent, comment dire ? à l'aise. Il peut diriger désormais ses peurs avec la férule et le courage d'un dompteur. Il sue encore, certes, mais sa sueur se cristallise vite en une armure aveuglante. Il orchestre. Il distribue. Les rôles l'écoutent.
Surtout, il donne un nom à l'Epouvantail : Tu t'appelleras Oscar Crow. Oscar Crow : ainsi je te baptise, te possède, te protège.
Du coup, l'Epouvantail sent sa puissance décroître, sa paille s'humidifie, il plie, ploie, fait l'effort de parler, par bribes d'abord, puis par borborygmes.
Celui qui s'appelle désormais Oscar Crow regarde Frank, qui ne voit plus en lui qu'un tranquille esclave, dont il lui suffira de tirer les ficelles d'un livre à l'autre - oui, car il va écrire, un jour prochain" CosmoZ (actes sud)
Et des liens nombreux entre toutes ses lectures, mais promis j'ai pas fait exprès !
à Philippe A. pour ses recherches obstinées
à Louis I. pour son offre pléthorique
à Agnès, la capitaine-plasticienne (vu grâce à elle pour la première fois les reliefs du repas d'un goéland)
photo de famille : agnès, l'Espadon et le brise-lames
et surtout à la Famille Mouriès qui nous prête ce bel Espadon...
nous cherchons (je vous raconte pas les déambulations et questions et rigolades et tractations le long des canaux) avec Agnès (qui, en passant, expose ici) un bateau genre coquille de noix qui nous permettrait de nous rendre régulièrement sur notre lieu de travail, j'ai nommé : le brise-lames (parfois je me dis que je vais finir par fatiguer tout le monde avec ce BL que je ne parviens pas à épuiser). Si vous entendez parler d'un tout petit rafiot à pas cher, je suis votre homme !
photo : john skinner
après relais de sommeil entre Paris et New York, enfin nous pouvons mettre en ligne. Vraiment très heureuse de vous proposer ce texte de Louis Imbert dans le cadre élastique et fraternel des Vases Communicants. Pour connaitre le travail de reportage de Louis, cliquez ici et ici, promis ça vaut le détour.
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I miss something, Sami Said
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_ C’est une route longue Un plan sur lequel on peut s’appuyer longtemps_ C'est la matière calme l’asphalte puis la terre puis de nouveau l’asphalte
_ I miss something, Sami said_ Il y a les empâtements les rigoles les giclures sous le pied_ Il y a sous la pluie une pellicule vitreuse pour le jeu des ombres en
glacis de soi de l’entour_ Nous n'avons point vu leurs femmes, peut-être allaient-elles venir
_ Il y a une distance qui se fige dans l’eau de l’œil_ Liquide contre liquide ça se promène
_ Et qui pleurantes rient riantes pleurent_ J’ai rencontré un vieux à Khodjent qui demandait de l’eau pour écouter chacun ses morts et_ Tête de chien toi belles
dents beaux fruits les maladies secrètes
_ Marcher c’est voir au fil des heures un peu plus flou_ J’écarquille_ Mes tempes se serrent J'aimerais revoir le cygne en plastique sur le lac
_Un lac à montagnes Le cygne à long cou assis sur le rond de son corps et des pédales là-dedans Vert pétant Ils pédalaient sous les pentes des montagnes terreuses_
Et qui sont l’une pour l’autre_ Très coagulées de pierraille Qui sont légères et Par-ci_ Par-là_ Ne tombent pas tous les jours Le grésillement de la viande dans un grand lac de silence
_ Et j’aimerais autant tant de choses_ J’ai en marche tant de voix simples en tête des voix longues qui s’effilochent sur des kilomètres Elles teintent chacune à
leur manière une image en mouvement lent Une histoire presque_ Un seau d’envies et de marche_ T’écorchera mais pas tout
Louis Imbert
Liste des vases (établie par Brigitte Impératrice des Vases)
François Bon et Daniel Bourrion
Michel Brosseau et Joachim Séné
Christophe Grossi et Christophe Sanchez
Christine Jeanney et Piero Cohen-Hadria
Cécile Portier et Anne Savelli
Juliette Mezenc et Louis Imbert
Michèle Dujardin et Jean-Yves Fick
Guillaume Vissac et Pierre Ménard
Marianne Jaeglé et Jean Prod’hom
David Pontille de Scriptopolis et Running Newbie
Anita Navarrete-Berbel et Gilda
Matthieu Duperrex d’Urbain trop urbain et Loran Bart
Geneviève Dufour et Arnaud Maisetti
Jérémie Szpirglas et Jacques Bon
Maryse Hache et Candice Nguyen
Nolwenn Euzen et Olivier Beaunay
Lambert Savigneux et Brigitte Célérier
17 juin
Dans son regard une chaleur qui dore instantanément la peau de son enfant, éclaircit ses boucles, aussi.
Celui qui touche à un seul de tes cheveux, t'entends hein, pas deux, pas trois, un seul...
Il tourne à nouveau le regard vers la mer. Au loin, au bout de sa canne, un pétrolier.
C'est simple, il est mort.
photo : john skinner
premier jet d'un texte qui me tient à coeur. Le dormeur ne manquera pas de vous en rappeler un autre.
C'est un trou dans le parasol qui attire l'attention, un seul mais béant. Dans le soleil qui pointe, il dort bouche ouverte, la tête noire sur le sable encore frais, comme beurré. Le déjeuner à la française, croissant au beurre et tartine de pain frais, il en a rêvé. Il en rêve encore, à l'instant. Il le prendra, tout à l'heure, au réveil. Tout sera comme sur le manuel dans lequel il a appris le français. Couteaux et fourchettes qui luisent sous la lampe de la cuisine, maman qui sourit, et papa aussi. Pour l'heure, les pieds en éventails, il dort. Confiant. Le parasol frissonne sous le vent de la mer... Si c'est pas le paradis, ça lui ressemble. Ses cousins lui avaient bien dit : viens, ici c'est le paradis ! Ils ne savaient pas qu'ils disaient vrai. Il sourit. tranquille. Il est arrivé à destination. Le pied du parasol aussi : dans le mille. Dans le creux du plexus solaire, planté, un drapeau rouge siglé coca-cola.
Un filet de sang s'échappe, absorbé par le sable, au côté droit.
je fais le point aujourd'hui sur les accessoires nécessaires au tournage de mon roman-photo Sétois... Trouvé quelques bricoles aux puces dimanche (qui me renvoient à la partie du MIAM que j'affectionne tout particulièrement : la collection permanente et ses vitrines, dont je ne trouve malheureusement aucune photo sur le net).
Avis donc à la population, il manque : un aquarium (vide) et un noeud papillon pour mon gentil serveur (de homard, exclusivement) !