bas les pattes les pubs !
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bas les pattes les pubs !
les cartons sont (presque tous) arrivés à destination, vous retrouverez désormais mes textes et ateliers sur "mot maquis" (cliquez sur le lien)
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je vous espère
Une petite nouvelle vient de débarquer sur le brise-lames, les traits et l'identité mal assurés, le pas beaucoup plus sûr. L'occasion d'introduire dans le Journal du brise-lames des notes prises par ce personnage, notes en rapport à l'acte d'écrire (occasion donc d'injecter dans le Journal les réflexions sur la construction du Journal que je vais piocher indifféremment dans mon carnet noir ou sur ce blog).
Je mets ici en ligne un court extrait, en fait une ébauche de ce qui pourrait être un tout petit précis d'architecture.
le bricolage est la voie.
a) les fissures, très bien que la construction prenne l’eau, très bien qu’elle prenne l’air, l’ensemble se doit d’être ajouré, poreux.
b) les cavités – du moment qu’elles ne compromettent pas trop la stabilité de l’édifice – où se déploient les forces souterraines.
c) le rapetassage : retravailler la surface, inlassablement, avec des matériaux divers qui ne lissent pas mais réajustent, sans faux semblants. Une surface lisse est une surface suspecte.
d) les ratés, les ratures, les chiures.
ça s’arrêtait là, le vent n’était pas de la partie ce jour là, la page n’a été tournée qu’avec le retour du dos, black out.
atelier # 6 à la librairie L'Echappée Belle
Ecriture de questions d'après les Questions de Pierre Tilman
[Si vous voulez en savoir plus sur le travail de Pierre T., allez plutôt ici parce que vous l'y découvrirez plus vivant, plus récent c'est à dire plus vieux et plus beau qu'ici. C'est mon humble avis. Et aussi parce que Libr-critique c'est drôlement bien et que vous y trouverez plein d'articles très pertinents. Et aussi parce que je partage le commentaire laissé sous la vidéo. Pistez cet homme qui navigue entre Sète, Paris et Avignon. Pistez aussi bien les expos que les lectures. Pistez aussi les Chopin Parasol qui mettent certains de ses textes en musique. Pour Pierre hip hip hip !]
Êtes-vous heureux?
Pourquoi êtes-vous heureux?
Comment êtes-vous heureux?
Où êtes-vous heureux?
Quand êtes-vous heureux?
Où allez-vous?
Aimez-vous y aller?
Aimez-vous changer?
Êtes-vous libre?
Êtes-vous intelligent?
Êtes-vous conscient?
Savez-vous?
Savez-vous que vous ne savez pas?
Lisez-vous? T'es level combien à call of?
Êtes-vous ouvert?
Êtes-vous sûr?
Écoutez-vous le silence?
Avez-vous des murs dans les oreilles?
Avez-vous peur de voir?
Êtes-vous un imbécile heureux?
L’ordre est il essentiel?
Qu’allez-vous donc faire?
Allez-vous le faire pour vous ou pour nous?
C’est parti.
Clément.
28 Octobre
Elle s’appelle Mathilde, Emmanuelle, Leïla, Dorothy et Constance.
Elle vient régulièrement par bateau, trois ou quatre fois par semaine, depuis le début des travaux.
Elle porte une salopette large et des boucles rousses assez exubérantes.
Elle porte des cheveux très blonds et très courts, un jean et c’est tout ou presque.
Elle porte un caban et des tresses noires dans le dos qu’elle attache en un nœud commode pour faire les manœuvres sur un bateau. Parce qu’elle vient seule, elle est donc aux commandes.
Elle marche plutôt vite et sort à chaque fois du même sac en toile le même carnet noir luisant, on croirait dans sa main une moule qui s’ouvre. A grandes enjambées elle écrit puis renfourne le petit carnet pour le tirer aussitôt de son sac, toujours le même micmac et on peut logiquement se demander : mais pourquoi ne le garde-t-elle pas à la main. On dirait que ce qu’elle écrit est dicté par le double mouvement de la marche et de cette main qui tire et renfourne, tire et renfourne, tire.
Le Journal du brise-lames
atelier # 5 à L'Echappée belle
Imaginer la rencontre entre un objet (choisi sur place parmi ceux que j'avais amenés) et un lieu de votre choix.
C'est au bout de cette queue que j'ai choisi mon film,
Salle 1
C'est au bout de ce sillage - fauteuils, têtes, fauteuils, têtes, écran blanc - que j'ai choisi ma place
Salle 1
C'est de cette place, sous les enceintes, derrière un grand costaud, que j'ai connu le remords,
Salle 1
Le son de l'attente, forte publicité, et cette enceinte qui me frétille les tympans,
Salle 1
Me déplacer, m'éloigner d'elle et de lui qui se gratte - et d'elle qui me tamponne
Enjamber des inconnus, partager sans gène,
Salle 1
C'est au bout de ce fil, son en discontinu que circule ma gène,
Salle 1
Couper le son, ne faire que voir,
Anéantir cette enceinte, sale enceinte
Salle 1
Enceinte, inceste, enceinte, étreintes, enceinte, ensuite, force d'écoute,
Enceinte éteinte
Salle 1.
Nelly
C’est une attraction détestable. Il m’attire
Une attraction que je déteste
Je voudrais être calme
Calme fluide
Sens délimités, illimités
Je flotte
Je monte
Je descends
Je couvre, découvre
Découvre cet objet inutile
Ce faux phare qui indique rien avec sa lumière vulgaire
Je ferme les yeux
Je les couvre
Invisibilité
Derrière les yeux
Une lumière
Douce, diffuse
Phare de l’intérieur
John Skinner
Une bicoque en bois, toute de guingois, sur une falaise, la mer.
Le vent hurle au travers des planches disjointes.
Les mouettes dérivent, leur cri de bébés emplit l'espace.
Les hautes herbes sifflent, fouettées par le vent.
Les vagues se fracassent contre les rochers, là-bas, tout en bas.
Le sol tremble sous leurs coups de butoir.
Le sable vient crisser en tourbillons contre le seuil.
Dedans, le silence.
Un homme, couché dans un coin, ou plutôt lové.
Yeux fermés, il respire calmement.
Un rayon de soleil vient agacer sa paupière
Eclair orange sous la paupière
Il ouvre les yeux, éclairs de mer.
Se lève lentement, écoute, ferme les yeux, écoute le dehors.
La pièce est nue. Rien, sauf un long clou rouillé planté dans l'unique poutre.
Au bout du clou, un long ruban en satin blanc défraichi.
Au bout du ruban, un petit sac de femme en perles avec un fermoir en nacre ouvragé.
Il ouvre le sac avec d'infinies précautions, en sort un petit flacon de parfum ambré,
le respire, s'en imprègne jusqu'au fond de son ventre, jusqu'au bord de sa peau.
Il hume le souvenir d'elle mélé aux senteurs de la mer, des herbes sèches, des oeillets sauvages, de la terre salée.
Puis il saisit le clou rouillé,le tire, le tord, l'arrache de la poutre.
Il lacère le petit sac, brise le flacon.
la terre boit le parfum .
Lorsqu'il ne reste plus rien, de menus éclats de verre, perles éparpillées, échardes de nacre luisante,
il arrache la planche pourrie qui obstrue la porte et sort.
Le long ruban blanc passé à son cou flotte.
Le vent le prend
Isabelle
très heureuse d'accueillir ici un texte de mon pote de la rentrée (quasi-littéraire), Christophe Sanchez, dans le cadre des vases communicants.
Ronde lumière
Je reste spectateur du vacarme du monde, lui qui va trop vite, me double, m’oublie, passe dans un trouble sans m’apercevoir. Contre, je lutte, en apnée, souffle intérieur de moi, extérieur des autres, évite le couloir sans fin des vents de l’univers. Point d’exaltation, je me protège, esquive les pluies, démystifie le flou et me drape des ombres qui vacillent. Trop près, trop loin, courte vue, longue distance, je ne suis plus d’eux, me dresse, oppose l'intuition au malaise. Hostilité sous cape, je me crée la paix du dedans.
Le temps expire, il n’est plus, et je respire, me sépare, inspire une autre temporalité. Mouvement plus lent, centré sur l’humain, philanthrope en chiffons, je fais front. Large, regard vers l’ailleurs, derrière moi le combat, la vitesse, le pouvoir, arrière garde de mon histoire. Déploiement du corps, je me libère, accroît les possibles sur des champs nouveaux, affranchi de l’agitation des plus grands. Droit devant, visage intense de la vie, je laisse les fossiles à la nuit, lisse mon crâne et plonge vers la ronde lumière.
Christophe Sanchez
Atelier d’écriture #2 de Juliette Mezenc : Ecrire à partir d'une image en s'interdisant de la décrire.
Et si vous souhaitez me lire aujourd'hui, ce sera chez lui.
Pour la liste des vases communicants, suivez la môme paumée, elle en connaît un rayon !
atelier # 3 à la librairie L'Echappée Belle
Ecrire des slogans à partir de Slogans de Maria Soudaïeva. S'emparer de la violence et de l'étrangeté de ce texte.
John Skinner
LIBARTE
À Jean et Adrien
CHAIRS OUVRITES POUR TOUS
LEVEZ VOS OUIES A CEUX QUI TOMBENT LAS
OFFREZ UN MANTEAU ETERNEL DE JOIE
LA SIMULACRE EST PASSEE
TOURNONS NOS FACES AU DEDANS
LES AISSELLES AMERES PLEURENT SUR LE TROTTOIR
VIBREZ NOIRS CARILLONS CREUX
SANS LUTTE PAS DE SANG SANS SANG PAS DE VIE
BLOODY SOUPIR VOLUTES DERNIERES
DEMONTEZ VOS PRIORIS
LIBARTE ! LIBARTE !
AIMERISSONS NOUS
Elise Carville
énormément lu de témoignages ces derniers temps, pris des notes que j'ai l'intention de passer à la moulinette en espérant produire autre chose que de la soupe ou de la purée (les matières qui résistent, les grumeaux, les morceaux qu'il faut mâcher et remâcher s'avèrent plus intéressants dans un texte que dans une assiette, mais il faudrait en parler avec un chef, je me trompe sans doute). Ingrédients de choix avec "Pourquoi êtes-vous pauvres" de W.T. Wollmann, "La misère du Monde" élaboré sous la direction de Bourdieu et - moins intéressant parce que propos recueillis trop lissés mais bon de la matière tout de même - "Votre voisin n'a pas de papiers, paroles d'étrangers".
En parallèle je lis Apprendre l'invention (sur ma liseuse, avec un "vrai" bouquin à côté pour l'odeur du papier ;) de François Bon et CosmoZ de Claro. Extraits choisis :
"Sortir de l'atelier (d'écriture), pouvoir s'en passer, en finir avec l'artefact collectif, est une préoccupation qui reste toujours sous-jacente dans le rapport individuel que j'ai avec les participants. L'atelier n'est justifiable que s'il construit sa propre liquidation." Apprendre l'invention (publie.net)
"Une fois la tumeur ôtée, sa langue redevient petit bout de chair, poisson posé sur l'assiette de l'attente. Frank sait, enfin, de quoi il revient et retourne, il a acquis la science et s'y sent, comment dire ? à l'aise. Il peut diriger désormais ses peurs avec la férule et le courage d'un dompteur. Il sue encore, certes, mais sa sueur se cristallise vite en une armure aveuglante. Il orchestre. Il distribue. Les rôles l'écoutent.
Surtout, il donne un nom à l'Epouvantail : Tu t'appelleras Oscar Crow. Oscar Crow : ainsi je te baptise, te possède, te protège.
Du coup, l'Epouvantail sent sa puissance décroître, sa paille s'humidifie, il plie, ploie, fait l'effort de parler, par bribes d'abord, puis par borborygmes.
Celui qui s'appelle désormais Oscar Crow regarde Frank, qui ne voit plus en lui qu'un tranquille esclave, dont il lui suffira de tirer les ficelles d'un livre à l'autre - oui, car il va écrire, un jour prochain" CosmoZ (actes sud)
Et des liens nombreux entre toutes ses lectures, mais promis j'ai pas fait exprès !
atelier # 2 à la Librairie L'échappée Belle
Ecrire à partir d'une image en s'interdisant de la décrire.
J’ai dans le regard vide, une absence.
Calme et posé, j’ai dans le regard l’obscurité.
Le trouble, la souffrance
remplissent ces cavités,
Portés sur l’humanité;
Vacante puis évanouie;
qui en a fini de cette tuerie, de cette folie.
J’ai dans le regard le chaos
Et l’attente, interminable et lente, d’un monde espéré.
Clément Ramon
John Skinner
Chère Grand-mère,
Le Chambon sur Lignon sports et aventures extrêmes
son paysage fractal
ses rocs ses falaises ses athlètes
Chambon sur mignon, un week-end en roue libre
au septième ciel avec ou sans delta plane
J'aurai dû suivre le regard charbonneux de la fillette
plonger au cœur des ténèbres
tenter de comprendre pourquoi elle tendait vers moi
ses yeux immenses dévorant son visage
dévorant la nuit de ses cheveux noirs
Mais voilà Grand-mère, tu sais que j'ai l'instinct de fuite chevillé au corps
j'ai préféré suivre les chevaux et remonter en file indienne les sentiers de Chambon
sports et aventures à la queue leu leu
à l'aventurette
à cause d'un motard à moustaches
en combi jaune et rouge
BMXXX
CHAMBON sur Lignon CHAMBON sur Lignon
CHAMBON CHAMBON CHAMBON
CHAMBON !
1 seconde d'arrêt
La gare de Chambon est en noir et blanc
j'aperçois la fillette donnant la main à sa mère
habillées propres et pauvres, elles ont l’air
des petites gens qui s'efforcent de rester dignes
et le regard droit
suivant les lignes
des chemins de fer
de Chambon
Qu'est-ce qu'elles peuvent bien venir foutre la mère et la fille
à Chambon sur Lignon sports et aventures ?
La fillette a peur, le quai est bondé de voyageurs
à la queue leu leu les voyageurs et leurs bagages
Le train marche à vapeur et le motard à voiles
ça fait une épaisse fumée blanche
sur la suie noire de ses paupières
elle cligne des cils et se frotte la joue
elle écrase des ombres sur son visage les étale
une larme brune coule
jusque dans son cou maigre
Dis Grand-mère, qu'est-ce qu'elles peuvent bien fuir
à Chambon sur Lignon Chambon sur Lignon Chambon sur Lignon Chambon sur Lignon ?
Elise Carville
J'ai devant moi, l'insouciance du temps, J'ai devant moi, une petite fille décidé, Décidé à vivre les moments du présent, j'ai devant moi aucune once d'orgueil, Une volonté d’être avec le plus de douceur possible.
J'ai devant moi, un être joyeux et espiègle, curieuse et volontaire, J'ai devant moi une petite fille, A qui j'aimerais offrir de mon temps, Le mien si précieux en ce moment, Avec qui je me permettrais de faire valoir cette insouciance qui est mienne,
Sans aucune once de gène,
J'ai devant moi, l'insouciance du temps .
R.